Cadmium dans les engrais : ce qui change pour les sols et votre assiette dès le 1er janvier 2027
Alimentation & recettes

Cadmium dans les engrais : ce qui change pour les sols et votre assiette dès le 1er janvier 2027

Du blé aux pommes de terre, le cadmium arrive dans votre assiette en passant par le sol. Le gouvernement veut réduire ce qu'on en épand : le plafond des engrais phosphatés tombera à 60 mg/kg au 1er janvier 2027, puis à 20 mg/kg en 2030, contre 90 aujourd'hui. Voici ce que cela change.

En bref

  • Le plafond de cadmium dans les engrais phosphatés passe de 90 à 60 mg/kg le 1er janvier 2027, puis à 20 mg/kg en 2030.
  • Près de la moitié des Français dépassait en 2025 les valeurs sanitaires de référence pour le cadmium, selon l'Anses.
  • Les engrais phosphatés apportent 50 à 70 % du cadmium qui entre dans les sols, et l'alimentation est la première source d'exposition.

Le chiffre clé : 20 mg/kg, plafond de cadmium par kilogramme de phosphore dans les engrais phosphatés dès 2030.

Le plafond tombe à 60 mg/kg en 2027, puis à 20 mg/kg en 2030

Pour les engrais phosphatés, la limite de cadmium est aujourd'hui de 90 milligrammes par kilogramme de phosphore contenu. Elle sera ramenée à 60 mg/kg au 1er janvier 2027, soit le niveau déjà fixé au niveau européen. Puis elle passera à 20 mg/kg en 2030, un seuil qui rejoint les recommandations de l'Anses.

Le projet soumis à consultation au printemps était nettement plus lent : 60 mg/kg en 2027, 40 en 2030, puis 20 seulement d'ici 2038. Le gouvernement avance donc de huit ans la cible finale.

Un arrêté publié vendredi ajoute un second garde-fou. À partir de 2027, l'apport annuel de référence de cadmium est fixé à trois grammes par hectare pour plusieurs catégories de fertilisants. Autrement dit, on encadre à la fois la teneur du produit et ce qui finit réellement dans le champ.

ÉchéancePlafond de cadmiumRepère
Aujourd'hui90 mg/kg de phosphoreSeuil actuel
1er janvier 202760 mg/kg de phosphoreNiveau européen actuel
203020 mg/kg de phosphoreRecommandation de l'Anses
À partir de 20273 g par hectare et par anApport annuel de référence (arrêté)

Près de la moitié des Français dépasse déjà les valeurs de référence

En 2025, près de la moitié de la population française présentait des niveaux d'exposition au cadmium supérieurs aux valeurs sanitaires de référence, d'après l'Anses. L'agence qualifie la substance de « cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction ». Ce n'est donc pas un sujet de spécialistes : il vous concerne probablement déjà.

La Haute autorité de santé rappelait en 2024 qu'une exposition répétée à de faibles doses peut entraîner des effets multiples : sur les reins, les os, les poumons, le système nerveux, le cœur et les vaisseaux, sur la reproduction, avec en plus un risque de cancer. Le danger tient moins à un repas qu'à l'accumulation dans le temps.

Et la principale voie d'entrée, c'est la fourchette. Selon l'Anses, l'alimentation est la première source d'exposition de la population. On retrouve du cadmium dans des aliments très consommés :

  • les céréales, comme le blé et le riz ;
  • les pâtes ;
  • les biscuits sucrés ;
  • les pommes de terre.

Les engrais phosphatés fournissent 50 à 70 % du cadmium qui entre dans les sols

Le cadmium est un élément chimique présent naturellement dans le sol. Mais le poids des engrais est considérable. Selon Thibault Sterckeman, ingénieur agronome à l'Inrae, interrogé en mai, la quantité de cadmium qui entre aujourd'hui dans les sols provient pour 50 à 70 % des engrais phosphatés. C'est précisément le levier que le gouvernement actionne.

La France part avec un léger handicap. D'après une analyse du centre de recherche européen sur les sols (étude Ballabio), la moyenne européenne est de 0,20 mg de cadmium par kilo de terre, sur une profondeur de 0 à 20 cm. Les sols français se situent à 0,25 mg.

Les trois ministères concernés (Agriculture, Transition écologique, Santé) insistent sur la capacité du cadmium à s'accumuler durablement dans les sols. C'est la raison d'agir à la source : ce qui est épandu aujourd'hui reste là pour longtemps, puis passe dans les cultures.

Un calendrier obtenu après des mois de bras de fer politique

Cette accélération n'allait pas de soi. En juin, les députés avaient largement adopté une proposition de loi écologiste visant à limiter l'exposition au cadmium, contre l'avis du gouvernement. Celui-ci défendait une trajectoire moins rapide, en avançant les conséquences possibles pour la compétitivité et l'approvisionnement de l'agriculture française.

En juillet, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a présenté sa démission après l'adoption du projet de loi d'urgence agricole, qui ouvrait la voie à la réintroduction de certains pesticides, dont l'acétamipride. Elle a ensuite dit avoir obtenu d'Emmanuel Macron des « garanties » sur plusieurs dossiers, dont la baisse du cadmium. Elle a précisé son objectif au Monde :

« Je souhaite que nous fixions une norme maximale de 20 milligrammes par kilogramme à horizon 2030, contre 90 mg/kg actuellement. »

Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, au Monde

C'est ce chiffre qui figure désormais dans l'annonce du gouvernement.

Agriculteurs et associations ne lisent pas la décision de la même façon

Côté agricole, la Coordination rurale, deuxième syndicat du secteur, avait dénoncé « une surtransposition » et réclamé un alignement sur la réglementation européenne. Le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, lui aussi favorable à cet alignement, a plaidé en juin devant le Sénat pour un coût « abordable », « sans ajouter une contrainte supplémentaire à l'agriculture française ».

Du côté des défenseurs de la santé, l'accueil est positif. Le député Benoît Biteau, à l'origine de la proposition de loi de juin, y voit une annonce qui « augure une victoire majeure pour notre santé », tout en appelant à rester mobilisé. L'ONG Foodwatch juge que « le gouvernement est revenu à la raison ».

Pour vous, rien ne change dans l'assiette du jour au lendemain, et l'annonce ne promet pas d'effet immédiat. La logique est progressive : moins de cadmium épandu, donc moins d'accumulation dans les sols et, à terme, une exposition réduite de la population. La première marche, celle du 1er janvier 2027, est la date à suivre.

Vos questions

Quel sera le nouveau plafond de cadmium dans les engrais phosphatés ?

Il passera de 90 mg par kilogramme de phosphore contenu à 60 mg/kg au 1er janvier 2027, le niveau européen actuel. Il tombera ensuite à 20 mg/kg en 2030. Un arrêté fixe en plus l'apport annuel de référence à trois grammes par hectare dès 2027 pour plusieurs catégories de fertilisants.

Pourquoi s'attaquer aux engrais pour réduire le cadmium dans l'alimentation ?

Selon un ingénieur agronome de l'Inrae, 50 à 70 % du cadmium qui entre aujourd'hui dans les sols vient des engrais phosphatés. Comme le cadmium s'accumule durablement dans la terre, limiter les apports vise à réduire, à terme, l'exposition de la population.

Dans quels aliments trouve-t-on du cadmium ?

L'Anses indique que l'alimentation est la première source d'exposition. On en retrouve notamment dans des produits très consommés : céréales comme le blé et le riz, pâtes, biscuits sucrés et pommes de terre. En 2025, près de la moitié de la population dépassait les valeurs sanitaires de référence.

Sources : sciencesetavenir.fr.