
Épinards, amandes, chocolat noir : pourquoi l'oxalate inquiète pour l'intestin, et ce que disent les chercheurs
Vous mangez des épinards, des amandes ou du chocolat noir en pensant bien faire. Une étude de l'Université de Caroline du Nord pointe l'oxalate, un composé naturel de ces aliments, dans l'inflammation intestinale. Les personnes atteintes de la maladie de Crohn l'éliminent moins bien. Pas de panique pour autant : les chercheurs ne demandent d'exclure aucun aliment.
En bref
- L'oxalate se trouve dans les épinards, la rhubarbe, le chocolat noir, les amandes et les noix.
- Parmi 46 participants, les malades de Crohn avaient plus d'oxalate dans leurs selles que les témoins, à alimentation végétale similaire.
- Les résultats viennent surtout de tests sur souris et de données génétiques : des études plus larges restent nécessaires.
Le chiffre clé : 46, personnes dont l'alimentation et les selles ont été comparées dans l'étude.
L'oxalate se cache dans des aliments à très bonne réputation
Épinards, rhubarbe, chocolat noir, amandes, noix : ces aliments ont une réputation solide, et elle n'est pas usurpée. Ils partagent pourtant un point commun discret. Ils contiennent de l'oxalate, un composé naturel des végétaux, en quantité plus ou moins grande selon les produits.
Une fois avalé, l'oxalate n'est pas très utile à l'organisme, mais il n'est pas nocif en lui-même non plus. Il est évacué en grande partie par l'intestin, dans les selles, et aussi par les reins. Tant que cette élimination fonctionne, rien à signaler.
C'est quand elle fonctionne mal que les chercheurs de l'Université de Caroline du Nord s'interrogent. Leur étude suggère un lien entre l'oxalate et les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin, les MICI, dont font partie la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique.
Chez les malades de Crohn, l'oxalate se retrouve en excès dans les selles
Les chercheurs ont comparé l'oxalate contenu dans l'alimentation de 46 personnes avec celui mesuré dans leurs selles. Certains participants avaient la maladie de Crohn. Résultat : ces patients présentaient des taux d'oxalate plus élevés dans les selles que les sujets témoins, alors que tous avaient consommé des quantités similaires d'aliments d'origine végétale.
« Cela nous a indiqué que le problème ne se limite pas à l'alimentation des patients. Il existe une différence fondamentale dans la façon dont leur intestin métabolise l'oxalate. »
Anna Salvador, biologiste gastro-intestinale à l'Université de Caroline du Nord et co-auteure de l'étude, citée par Futura-Sciences
L'équipe a ensuite regardé du côté des protéines de transport chargées d'absorber l'oxalate dans l'intestin. Voici ce qu'elle a trouvé.
| Ce qui a été examiné | Ce que les chercheurs ont observé |
|---|---|
| Protéines SLC26A2 et SLC26A3, sur des centaines d'échantillons de tissus | Les gènes correspondants sont moins actifs chez les patients atteints de MICI |
| Protéine SLC26A6, chez 131 personnes atteintes de Crohn | Un gène moins actif est associé à une forme plus sévère de la maladie |
Ce manque d'activité pourrait expliquer une moins bonne élimination de l'oxalate par l'intestin.
Chez la souris, un excès d'oxalate a aggravé les symptômes
Restait à savoir si trop d'oxalate peut provoquer des symptômes. Les chercheurs ont donc testé des souris dont l'intestin avait été artificiellement amené à simuler une MICI. Celles qui ont reçu beaucoup d'oxalate ont :
- perdu davantage de poids ;
- présenté une inflammation intestinale chronique plus importante ;
- affiché un taux de survie plus faible.
Soupçonnant une réaction auto-immune, l'équipe a observé en laboratoire la réaction des cellules immunitaires des souris à l'oxalate. Le composé a amplifié la réponse inflammatoire. Le lien avec les MICI passerait donc par le système immunitaire, plutôt que par des lésions directes.
Les auteurs en tirent une conclusion prudente : l'oxalate alimentaire serait un facteur potentiellement modifiable de l'inflammation intestinale. Il faudrait donc tenir compte de l'exposition alimentaire et de la façon dont chacun métabolise ce composé. Attention toutefois : ces tests sur animaux ne se transposent pas tels quels à votre assiette.
Les chercheurs ne demandent de bannir aucun aliment, seulement de la modération
L'alimentation fait partie des facteurs de risque environnementaux des MICI. Aucun aliment précis n'a pourtant été formellement mis en cause à ce jour. L'alimentation moderne ou ultra-transformée est, elle, suspectée de favoriser l'inflammation chronique de l'intestin.
Cette étude ajoute une nuance. Même une alimentation saine peut avoir un effet négatif chez des personnes qui ont des prédispositions génétiques. L'oxalate des végétaux pourrait donc jouer un rôle plus important qu'on ne le pensait.
Que faire concrètement ? Les chercheurs ne suggèrent d'éliminer ces aliments de l'alimentation de personne. Ils estiment qu'une consommation modérée d'oxalate pourrait être bénéfique. Si vous vivez avec une maladie de Crohn ou une rectocolite hémorragique, c'est un sujet à aborder avec votre équipe médicale plutôt qu'à trancher seul. Si vous n'avez aucune MICI, rien dans ces travaux ne justifie de bouder vos épinards ou vos amandes.
Des pistes de traitement existent, mais il faudra des études plus larges
Les auteurs imaginent de nouveaux traitements qui cibleraient les protéines SLC26A2 et SLC26A3, pour que l'intestin évacue bien l'oxalate au lieu de l'accumuler à des niveaux nocifs. Ils évoquent aussi des compléments alimentaires qui favoriseraient les bactéries aidant le corps à éliminer l'oxalate, comme option possible contre les MICI.
Shehzad Sheikh, généticien à l'Université de Caroline du Nord et co-auteur, parle d'« une perspective thérapeutique véritablement nouvelle » pour les patients. Elle établit selon lui un lien entre leur alimentation et l'inflammation intestinale.
On n'y est pas encore. Avant d'en arriver là, des études plus approfondies, menées sur des groupes plus larges, doivent préciser les mécanismes en jeu. Elles devront aussi identifier les personnes qui pourraient être plus sensibles à l'oxalate.
Vos questions
Faut-il arrêter les épinards et les amandes ?
Non, d'après les chercheurs. Ils ne suggèrent pas d'éliminer ces aliments de l'alimentation de quiconque. Ils jugent seulement qu'une consommation modérée d'oxalate pourrait être bénéfique.
Qui est concerné par ces résultats ?
Surtout les personnes atteintes de la maladie de Crohn ou de rectocolite hémorragique, et celles qui ont des prédispositions génétiques. Des études sur des groupes plus larges doivent encore identifier qui est plus sensible à l'oxalate.
L'oxalate est-il dangereux en soi ?
Non. Ce composé n'est pas intrinsèquement nocif et il est éliminé par l'intestin et par les reins. Le problème évoqué concerne une élimination défaillante, observée chez des malades de Crohn, et des tests sur souris recevant de fortes quantités.
Sources : futura-sciences.com.

































































































































































































